vendredi 16 janvier 2026

 

« Pour toi qui aimes déchirer les petits papiers.

Voici le poème que j’avais mis en voix à la fin du stage… » Christelle, 2025

Merci, Christelle…

  

Tout déchirer

Déchirer pour tout oublier

Déchirer les morceaux de vie

Déchirer à l’infini

Oublier les traces ancrées.

Ouvrir la fenêtre

Pour ne plus prendre perpette

Ouvrir la fenêtre

Pour retrouver l’oxygène en fête.

Vider la chambre des souvenirs

Pour ne plus subir

Vider la chambre des vieux désirs

Pour ré-apprendre à vivre et à re-surgir.

Qui me sauvera?

Si je ne déchire pas

Qui me sauvera?

Si je n’ouvre pas

Qui me sauvera?

Si je ne vide pas.

Le monde, les amis, la médecine, la nature, les pillules, le chocolat, le bonheur, les

bons jours, les bijoux, les voyages, la famille, les étoiles, le soleil.

Qui me sauvera de cette foule, tout au fond de moi, à peine visible?

De ce tumulte si ténébreux,

De ces angoisses agonisantes

De cette mélancolie si accrochée

De cette fatigue hillarante

De ces insomnies exubérantes

Qui me sauvera?

Qui me sauvera?

Qui me sauvera de cette foule, tout au fond de moi, à peine visible?

Ce sera MOI accompagnée d’une note choisie du reste du Monde.

Christelle-Taillé 2025

 

   M’interroger sur ma famille et mes ascendants a toujours fait partie de ma démarche… Jusqu’à m’apercevoir que l’essentiel de cette recherche se concentrait sur la branche maternelle ; jusqu’à y découvrir le secret de ma vie…

                                           L’Inacceptable, T.1, C’est pas beau la famille ?

 

           À Casablanca, nous allions dans un restaurant sur le mur duquel une pancarte amusait beaucoup mon père. Allez savoir pourquoi, y étaient inscrits ces mots : « C’est pas beau la famille ? »

               C’est pas beau la famille ? Line et Raymond. Papa, Maman

     Ils s'étaient rencontrés à Lyon, à un cours de danse. Line était née à Montbrison, dans la Loire, et Raymond à Champagnole, dans le Jura.  En 1952, année de leur mariage, il avait trente ans et elle vingt-six. Lui entamait sa troisième année d’enseignement, après une passée à Thionville et une à Mâcon. Il avait demandé sa mutation pour se rapprocher de celle qu’il avait choisie pour être sa femme (même si sa sœur raconterait un jour en rigolant qu’il avait hésité avec une autre…).

(p.82)

 

               C’est pas beau la famille ? Line et Raymond. Papa, Maman

     Qui étaient-ils donc ? Depuis longtemps, j'avais le sentiment d'être détachée d'eux, me tenant loin, sans attaches précises. Orpheline depuis longtemps ; de père et de mère, elle ne sait pas si c’était en même temps ; elle est celle qui fit disparaître père et mère en elle, leur meurtrière. Elle a tué son père quand elle était petite, elle avait six ans, sa mère, elle ne sait plus. C’est drôle, ça ; on tue ses parents un jour, dans sa tête seulement, et après on vit avec, on croit que c’est vrai, et on ne s’en remet pas.

     Sa naissance fut une imposture. Le hasard joua en sa faveur, mais elle n’a aucune légitimité. Son patronyme lui-même n'est pas celui qu'elle devrait porter. Marie-Catherine, à l'origine de ce dernier, étant fille mère, engrossée par celui chez qui elle était servante, donna naissance à un fils dit bâtard, qui ne porta jamais le nom de son père.  

     Raymond, son père, devait avoir une furieuse envie de vivre, sa naissance elle-même étant un miracle. Il vint au monde à l'envers un jour de neige. Plus de huit livres de bébé par le siège, emportant tout sur son passage, tissus, muscles, sang, lymphe, dévastant la matrice de sa mère qui mettait bas pour la septième fois. Elle jura que c'était la dernière. Le cordon enroulé autour du cou, bleu des pieds à la tête, il se présenta les fesses en avant, ne respirant plus.

Le père pleurait, la mère évanouie de douleur. Le médecin appelé au secours « (…) regardait tomber la neige après avoir dit : « dommage, c’était un beau bébé ». Il avait été appelé en renfort par la sage-femme, (…) pour un « siège ». Plié en deux, non retourné, j’arrivais au monde fesses premières et pesais 9 livres. » Ecrits paternels. Avant cela, on avait d'urgence fait appeler le prêtre, qui l’avait baptisé sur les fesses, seule partie de son anatomie alors accessible.

Mort-né, donc. Mais ce bébé était trop beau, la sage-femme trop intuitive. Refusant l’inacceptable, elle prit le bébé par les pieds, le retourna tête en bas, le secoua, le gifla, le rejeta sur le lit pour que son père lui insuffle de l'air dans les narines. En désespoir de cause, on lui brûla « une allumette au bas de la cuisse droite, ce dont j’ai gardé une cicatrice dont je n’ai que très récemment constaté la totale disparition et sur l’emplacement de laquelle je peux encore à ce jour mettre le doigt sans risquer de me tromper. » Ecrits paternels.

Et le miracle se produisit, le beau bébé poussa un vagissement, soudain bien décidé à prendre sa place sur cette terre. La légende raconte que l’ensemble dura une heure ou deux, mais au vu des capacités intellectuelles de l'individu, il est impensable que le cerveau soit resté si longtemps sans oxygène. Même les forceps ne laissèrent pas de trace, et à la fin, à plus de quatre-vingt-treize ans, ce désir de vie ne l'avait toujours pas quitté.

     Line, sa mère, n'aurait jamais dû exister. Portant ce prénom par fidélité à l'enfant retrouvée morte dans son lit un an ou deux avant sa propre naissance, ce laps de temps a fluctué dans les comptes-rendus familiaux, ne fut jamais qu'une enfant de remplacement, qui n'aurait jamais vu le jour si la première Hélène avait vécu. Elle hérita de surcroît de la même marraine, Hélène aussi, évidemment. Vie par délégation, peut-être à l'origine de cette errance physique et psychique dans laquelle elle vécut la seconde partie de sa vie.

     Ces deux non-événements furent le prélude à son existence, résultat aléatoire de la rencontre entre deux parents en vie par accident, accrochés l'un à l'autre comme deux noyés à leur branche.

     Est-ce de là que lui est longtemps venu ce sentiment d'usurpation, cette impression qu’elle ne devrait pas être ?  « Vous ne vous sentiez pas légitime ? » Question de psy. Et si elle n’était pas leur fille ? Si elle avait été échangée à la clinique ?

(p.86-88)


Longtemps j’ai cherché l’origine de cette souffrance. Tout naturellement, cela m’a d’abord amenée à m’interroger sur mes origines, ma famille, le poids potentiel que tout cela avait pu faire peser. Il y a plusieurs manières d’embrocher la vie et sa cohorte de catastrophes ; il y a plusieurs manières de faire face à la famille et à ses légions de tordus : soit on prend tout en pleine face et on sombre dans la colère et le désespoir ; soit on s’esclaffe face à tant de tristesse et de misère. Elle avait toujours privilégié la première méthode, non par choix mais par constitution psychique, se coupant lentement mais irrémédiablement de tout et de tous, sombrant elle-même dans le marasme d’une existence vide de sens. J’ai avalé des tas d’ouvrages, sur la psychanalyse, les secrets de famille, le poids des injonctions secrètes. Sans jamais que cela n’entrave une forme de stabilité entre nous, j’ai, bien sûr, renvoyé la responsabilité de ma fragilité à mes parents… Petit à petit, je me suis éloignée, ai joué les électrons libres, la génération spontanée, démiurge de ma vie et de ce qu’elle deviendrait.

     Lors de ma première thérapie, pourtant, je m’étais inquiétée des ruptures que ce type de travail pourrait engendrer. « Cela ne rompt pas les relations familiales, cela les rend moins névrotiques. » Parole de psy. Les choses avaient ensuite semblé se faire naturellement, d’elles-mêmes, avec le début de l’âge adulte, les départs obligés. Mais ce n’était pas aussi simple, et l’intérieur se fissurait. Longtemps, elle a vécu détachée de tout lien. Au fil des années, elle avait soigneusement éliminé tout ce qui la rattachait à son passé : plus d’objets, plus de bijoux, elle n’avait même quasiment plus rien pouvant lui rappeler le Maroc de son enfance, de son adolescence, ce Maroc qu’elle avait pourtant tant aimé, tant pleuré. Elle s’était acharnée à gommer, effacer, réduire à néant les souvenirs, les liens, elle se voulait sans famille, libérée de tout et de tous. Après la mort de ma grand-mère, je n’étais plus allée aux obsèques des uns et des autres, m’étais coupée émotionnellement de cette famille qui était la mienne.

    

               Ainsi va la vie… Entre ma jeunesse et ma vieillesse rampante, je fais le grand écart. Comment ai-je pu me croire libre de toute attache familiale et créatrice de mon propre destin, voire grande pourfendeuse de la famille et de son poids indésirable ? Vous les harpies rassemblées autour de son berceau, qui n'avez pas été de bonnes fées, ne lui avez pas souhaité du bien, chacune arrachant son morceau de sa chair et de son cerveau pour combler sa propre béance, son vide, son manque, ses besoins, quelles chances lui avez-vous laissées de pouvoir vivre, de pouvoir voler de ses propres ailes ? Déchiquetée, réduite en lambeaux, exsangue, ce n'était pas elle, le monstre noir et gesticulant qui hurlait sa terreur... c'était vous, dont elle ne distinguait pas que vous n'étiez pas elle. Fils de la mère, mère du père, bébé de la grand-mère, qui était-elle, elle ? Un vide, un rien, le trou noir de sa désespérance. Elle vous ferme la porte, vous essaierez encore de rentrer, mais elle vous en empêchera, vous ne l'aurez plus. Ne voyez-vous pas que vous n'avez plus de prise, plus de chance de la détruire ? Elle a attendu tout ce temps avant de vous arracher, de vous extirper, de prendre le large, de ne plus garder en elle ce que vous aviez de pire. Elle n’en est pas encore à vous aimer, à vous accepter dans ce que vous aviez de bon pour elle, elle se nourrit encore de sa haine, de sa rage, elles lui sont nécessaires, vitales, elle ne sait pas encore faire autrement. Pour le moment, elle ne vous accepte pas. Partez, chimères, repliez vos ailes et vos griffes, éloignez votre odeur pestilentielle, vous ne pouvez plus l'emporter, elle s’est éloignée de l'enfer.

     Aujourd’hui je vis encore parfois l’enfer. Mais je me sens pleine de tous ces êtres ayant vécu avant moi, et suis souvent nostalgique, triste, de leur absence. C’est sûrement la raison pour laquelle les coucher sur le papier me redonne force et énergie. Tout l’amour, la tendresse, le plaisir que je n’ai pas pu, pas su recevoir ou leur donner me submerge parfois, et il m’arrive de leur parler intérieurement. Pour la Toussaint, je pense à tous mes morts, et me sens en complétude, alors que me voici maintenant en première ligne, et alors que toute fête religieuse avait autrefois perdu tout son sens pour moi, ne devenant que synonyme de vacances scolaires. « Ce ne sont pas des vacances comme les autres. » Parole de psychanalyste.

En feuilletant le carnet de ma mère, trouver avec stupeur la même expression, le même ressenti… « Mes morts, comme je vous aime, vous, si loin partis en cet inconnu que d’aucuns nomment : éternité, et d’autres : néant.

Lequel se trompe ?

Mais puisqu’aux temps heureux de nos partages communs vous étiez « moi » comme j’étais « vous », pourquoi maintenant ce silence écrasant qui nous sépare, lorsque, paumée, j’aurais tant besoin de vous... ». Petits secrets maternels désespérés.

                Première séance avec celle qui deviendrait ma psychanalyste. Exsangue, vide, fractionnée en segments disparates, en manque d'images. Un mot : Identité. « Je ne sais plus qui je suis ». 

(p.73-75)


Chaque famille est un roman, bon ou mauvais, avec ses intrigues, ses personnages, ses secrets et ses mensonges. Y a-t-il de bons liens, et des liens mauvais, de ceux qui ne peuvent mener à rien, leur toxicité en boucle créant un système sans faille et sans issue ? Qui peuvent se perpétuer à travers les âges et les générations ? Ou bien faire peser sur les autres un poids tel qu'ils en demeurent prisonniers à jamais ?

Quels mystères, quelles aventures, ont forgé mon destin ? Je crois qu'enfant, fascinée, je nous regardais vivre et bouger, tous ces enfants au milieu d'un couple qui m'intriguait, où je sentais que rien n'était jamais acquis, jamais stable.

(p.107)

 

Après tant d’années, moi qui avais parfois donné si peu d’importance à la famille, l’avais peut-être, sinon rejetée, au moins éloignée, je découvre l'impact qu'a eu dans mon enfance cette famille, maternelle en particulier, avec la présence de la génération de ma grand-mère. Comment aurais-je pu savoir que soixante ans plus tard le hasard, le destin, ou le résultat d’une nature intuitive, me catapulteraient dans les bras de ma cousine par alliance ?

     Refaire avec elle le tour de l’enfance, de ma vie, de ma souffrance. Nouvelle lecture, travail à l’envers, du complexe de l’analyse vers le pragmatisme de cette démarche actuelle. Décramponner. Abandonner la voie de ses ancêtres, couper les liens néfastes qui la retiennent à eux, fabriqués de toute pièce comme on élabore des contes. Se libérer de ce qui les lie au sein d’une prison sans joie, l’approcher à avoir peur d’en mourir. Les laisser reposer en paix, raccommodés, réparés…

     L'histoire de ma famille est l'histoire de toutes les familles, unique et possédant son propre sens, sa propre dynamique. Je suis le livre sur lequel elle s'écrit, se grave en lettres dures qui s'enfoncent à chaque instant, à chaque endroit, me marquent de leur sceau.

     Continuer à lire et relire le tout. Fils enchevêtrés. L'analyse est une histoire qui s'écrit, une route qui se construit.

(p.155)


               À Saint-Claude, la famille. À Casa, les copines. Les parenthèses estivales tranchaient avec le quotidien, laissant leur empreinte indélébile. Puis je retournais à ma vie d’extérieure insouciance. « Il y a le ciel, le soleil et la mer. » 

La famille ne venait pas seulement à nous, nous allions aussi à elle, en particulier celle de mon père. Je n’aimais pas ça, c’était souvent synonyme de route, d’ennui aussi.

(p.187)

 

vendredi 9 janvier 2026

 
C'EST QUOI L'INACCEPTABLE ?
ET POURQUOI L'ECRIRE ? 

Le vrai problème de l’Être humain est de se trouver confronté à la peur de la mort, la peur du non-sens, la peur de l'isolement (selon K.G . Dürckheim)

Quels chemins peut-on emprunter pour affronter l’angoisse qui en résulte ?

1. Le déni et la fuite en avant

2. Faire face

 

     Cette étrange sensation, que la réalité ne se situait pas dans ce que je voyais, pas dans ce que les autres vivaient autour de moi, pas dans ce qui m’était présenté, faisait partie intégrante de ce que je vivais quotidiennement depuis toujours. Elle sait, elle sent, quand quelque chose ne va pas. Et s’il lui était petit à petit apparu que ce qu’elle traversait chaque jour n’était pas la réalité, ne représentait qu’une infime parcelle de celle-ci, de ce qu’elle ressentait sans pouvoir le formuler, elle la savait ailleurs, très proche, pourtant elle lui échappait. Se dissimulait-elle sous la forme d’un engagement nécessaire de tout son être, dans une cause ? Était-ce Dieu ? Confusément, il lui semblait que cela passait par le fait de parler, de communiquer, de se fondre dans les autres à travers les mots, de recevoir les leurs en elle.    

C’était de ma vie entière et de son fondement qu’il s’agissait. Découvrir la richesse d’un être autour d’une joie, d’une souffrance, d’un rêve, d’une impression, d’un acte manqué, dialogue intérieur qui s’élabore ; tous ces langages parallèles, trop ignorés, qui rebondissent de l’un à l’autre, s’enchevêtrent, tissent le fil des mots, de l’expression, du vrai, de l’humain, de tout ce qui lui était dangereusement connu, mais inconnu faute d’avoir pu énoncer l’interne, l’intime.

               Les émotions, les sens. Essaouira. J’ai pris cette décision sur une impulsion. Un besoin. Retrouver le Maroc, où je ne suis retournée que très insuffisamment. L’épiphanie se produit immédiatement. Du hublot de l’avion, un paysage d’arganiers, sec comme je les aime, désertique, je réalise qu’il est une nouvelle symbolisation de ma traversée intime. Désert, déserts. Immédiatement je me relie à moi-même, me relis. Bruits, couleurs, odeurs, monde, je suis chez moi, en moi. Il y a plus d’un demi-siècle que je suis amputée de la moitié de moi-même, que mes sens sont atrophiés. Je refais le plein. De bruit et de fureur.

     « Est-ce un trop-vide ou un trop-plein ? ». Question de psychanalyste.

(T.1, C'est pas beau la famille ? p.170-171)


               Identité : caractère permanent et fondamental de quelqu’un

     Au creux de la souffrance, approcher l’inévitable qui suis-je ? d’une manière nouvelle. « Je finis par me dire qu’il y a une nature au départ. » « Pourquoi cela semble-t-il vous surprendre ? Cela fait partie du chemin de vie » Parole de psy.

Être en même temps sûre de soi et dans le doute. Comment prouver ce que l’on comprend sans que l’on ait besoin de l’expliquer ? Comment en faire des certitudes ? Comment mettre cela en accord avec les autres ? Pour elle, la terre menaçait en permanence de trembler, de s’effondrer, mais elle a tout fait pour l’oublier. « Tais-toi. Tais-toi où je te suce les os et le cerveau jusqu’à la moelle. Tais-toi ou j’te tue. T’es pas toi. Tais-toi. » Au creux du lisse, sous la surface, elle avalait... petite fille silencieuse, détachée de ceux qui lui tenaient lieu de frère et sœur, enfant sans joie, elle n'était qu'un corps qui devait fonctionner, et si ce n'était pas le cas, on l'y aidait.                                                                                                                                                                                        

     Pourtant, en classe de troisième, mon professeur de français, qui avait la larme facile en lisant un poème, avait eu cette phrase inscrite au fer rouge au fond de moi : « Empêcher un hypersensible de pleurer, c'est comme empêcher un tuberculeux de tousser ».      

               Enfant hypersensible : Les cinq sens sont exacerbés et il perçoit avec une acuité exceptionnelle tout ce qui se passe autour de lui. L’enfant est constamment bombardé d’informations sensorielles en provenance de l’environnement. Il est particulièrement sensible à l’injustice. Il est souvent confronté à des peurs diverses et souvent intenses, qu’elles proviennent d’un signal extérieur ou d’une expérience intime vécue depuis sa naissance

     Ce monde ignoré, passionnant, infini, je ne savais pas encore que pour moi, c'était le sens de la vie. La jonction avec la mémoire des faits m’étant difficile, comment aurais-je pu m’appuyer dessus pour exister ? Comment parvenir à la validation de moi-même ? L’essentiel est d’avoir confirmé cette intuition qui, jeune, la portait déjà vers le divan. D’avoir assumé ce destin qui était le sien, franchi les angoisses sourdes, les incapacités notoires, la peur face à la violence incontrôlée…    

(T.1, C'est pas beau la famille ? p156-157)


               Lâcher prise. Accepter l’inacceptable. Désillusion... Deuil de tous les mythes, tous les espoirs, tous les projets. Allègement. Retrouver cet état de grâce, ces mots enfouis profondément, prononcés un jour par un ami de mon père, d’habitude le chien aboie systématiquement lorsque quelqu’un arrive. Là il s’est approché tout doucement, sans un bruit. Les animaux et les enfants sentent tout..., venu nous annoncer la mort de sa femme : la vie, la simple vie.

Maintenant elle prenait en pleine face les malheurs et les horreurs, la maladie, la mort, le désespoir, comme naturels et inévitables. Elle en souffrait encore profondément, et ces moments-là étaient lourds. Mais elle refusait en même temps de sombrer, et sa paresse innée s’était lentement transformée en énergie têtue. Quoi qu’il advienne, elle continuerait à se lever le matin pour qu’au moins un instant soit beau, heureux ; un rayon de soleil, une tâche accomplie, un sourire… La vie à l’intérieur de soi. « Connexion à l’Essentiel. » Message de psy.

Dans ma bulle utopique, il me semble parfois que tout pourrait finalement être si simple ! Douce rêveuse ou visionnaire, l'avenir ne me le dira pas. « C’est incroyable ce que vous êtes fleur bleue. » Parole de psy. « Nous, les femmes, nous sommes plus proches de la vraie vie. ». Autre parole d’autre psy, en réponse décalée à son collègue.

     La psyché humaine est complexe, et je me demande souvent pourquoi on ne nous apprend pas très tôt que nous ne sommes pas ce que nous croyons, que nous ne sommes pas uniquement notre image consciente, largement fabriquée et bien peu crédible. « Tout le monde devrait voir un psy au moins une fois dans sa vie », avait énoncé ma conseillère pédagogique. 

     Accepter l’inacceptable. Accepter sa lignée, son appartenance, sa nature et ses larmes intempestives, son cœur trop gros, le monde sera toujours le monde, avec sa beauté et sa violence infinie. Accepter ses émotions, accepter de les vivre en solitaire. Elle vit dans l’émotion, se confond en elle et avec elle, l’émotion, c’est toute sa vie. Elle a cru être une cérébrale, mais sa pensée n’était que la production de ses émotions refoulées. Elle EST l’émotion. L’émotion, c’est sa mission, aussi fatiguant que cela puisse être.  

Accepter le non-sens, la souffrance inhérente à la condition humaine. Accepter ce qui fût, ce qui est, ce qui sera. Sa liberté, le centre de l’Être. L’oignon s’est effeuillé, un fil s’est tiré à partir de son centre, le chemin s’ouvre. « On n’a jamais fini. » Parole de psy.          Accepter le vide, accepter le plein. Défaire les liens, se déprendre, il n’y a plus rien ni personne. Accepter le désert, le symboliser. Lire Désert, déserts de Jean-Yves Leloup. Faire silence et entrer en solitude. Marcher, marcher. Méditer, méditer. Créer, créer. Écrire. L’écriture, comme la marche. Batailler dans un même mouvement, un pied devant l’autre, un mot après l’autre, la perspective est rude, la voie escarpée. Dépasser la paresse, le désir de fuir, activer les automatismes, ou elle ne partira pas. Alors se produit l’inéluctable, surgissement de l’intime, ne plus avoir le choix, enchaîner, pieds dans la rocaille, mains sur le clavier, yeux rivés aux pierres, aux lettres, effort incommensurable d’avoir à se dépasser. Ce n’est que longtemps après le départ que le rythme s’installe, que la difficulté s’estompe, regard vers la ligne d'horizon, la fin du livre, limpide. Alors elle n’existe plus, se fond et se dilue, devient cette suite de pas, de mots enchaînés les uns aux autres, tout s'ouvre, poumons, cœur, esprit. Sans cet effort, il n’y aurait plus que le gouffre du présent qui va vers sa fin, du passé enfui, de l’immobilisme de la mort en mouvement. L’écriture, c’est sa marche, sa croix, son espoir et sa fin. Le prix à payer.

     C'est en marchant que naissent ses plus belles pages d'écriture.

(T.1, C'est pa beau la famille? p.185-186)

 





L'Inacceptable, T.2. Et l'Amour dans tout ça ?


Dans ce nouveau volume de L’Inacceptable, l’auteure donne suite à son interrogation sur la souffrance vécue au cours de sa vie. Après avoir relu son enfance à la lumière de la famille qui l’avait entourée, elle se penche sur les ressorts de l’amour et des interrogations qu’il provoque en elle.

Cette suite de son récit hybride, mixant souvenirs réels et fantasmatiques, témoignage d’un parcours de vie, interrogations et découverte de l’écriture, creuse un peu plus avant les questions de la féminité, de la famille, de l’identité, de la mémoire et du sens, tout en réalisant une relecture de vie qui commence à renverser les souvenirs figés.

Dans cette seconde étape de sa « recherche du temps perdu », dont chaque période éclaire les autres en amont et en aval, elle se remémore son adolescence casablancaise, et la rencontre avec celui qui devait devenir son premier amour.

 

 

 

 

mercredi 7 janvier 2026

                               NOËL 

                                                                            



Après cette période forte en émotions, ce passage tout en intériorité, quelques pages de souvenirs de mes Noëls grenoblois et casablancais, avec leurs échos dans ma vie d’adulte…


J’avais tout ce dont mes parents avaient été privés, un quotidien confortable, des joies enfantines, oui mais les peines… elle n’a pas le droit d’en parler, cadeaux de noël Papa ne recevait qu’une orange et c’était un vrai bonheur et d’anniversaire, fêtes de carnaval, elle adore les masques, d’animaux en particulier, et les déguisements, elle a une panoplie d’infirmière.  Les chocolats pour Pâques, la galette des Rois, elle n’aura pas la fève, ils trichent, ils vont encore la donner à Élisabeth parce qu’elle est plus petite, les matefins pour la Chandeleur...

Ce fut l’âge de raison, la perte des rêves de Père Noël, de petite souris et cloches de Pâques. Elle veut le dire à Élisabeth, que le Père Noël, c’est pas vrai, que c’est eux qui font les cadeaux. Mais maman l’arrête, elle est la plus grande, elle est raisonnable, elle ne doit rien dire.

     Scène parfaitement identique quelques quarante ans plus tard, entre mère et fille, mais je suis devenue la mère. Allongée sur le divan, elle s’interroge sur l’histoire du Père Noël. En fait, c’est un mensonge, et peut détruire la confiance des enfants en leurs parents. « Oui » Réponse lapidaire de psychanalyste.

Grenoble, L’Inacceptable, T.1, C’est pas beau la famille ? ( p.67-68 )

 

En parlant des cadeaux de Noël, je ne pouvais m'empêcher, quelques semaines avant, de chercher à savoir ce qu'il y avait dans les paquets que ma mère rangeait soigneusement dans une armoire, chaque destinataire étant noté dans un petit coin. Reproduire exactement tout cela avec ses propres enfants. Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel… Je décollais les morceaux de scotch et refaisais tant bien que mal le travail parfait de ma mère, ce qui fait que les surprises soigneusement préparées par cette dernière en complément de ce que nous commandions et attendions n'en étaient plus pour moi. Bien fait. La curiosité est un vilain défaut. Je ne sais pas si elle s'en est un jour rendu compte. 

J’aimais énormément les fêtes de Noël et du Nouvel An, je les attendais avec impatience et fébrilité. Avoir cherché à offrir des noëls magiques, enchanteurs, à ses enfants. Décorations, sapin rutilant, crèche géante, noël provençal, santons, navettes et treize desserts. Ne jamais en faire assez, paquets enrubannés, choix des couleurs, rouge et vert foncé, papier cadeau, tenues des enfants, boules et bougies aux nuances assorties. Déception qui s'insinue lentement, lorsque les enfants grandissent, partent, quand les grands-parents, trop âgés et trop faibles, ne remplissent plus la maison. Nous avions toujours un beau sapin, cette odeur de sapin, la respirer à plein nez, et ma mère prenait grand soin de faire courir guirlandes et cheveux d'ange après que mon père eut installé les guirlandes électriques de manière harmonieuse, faire exactement cela lorsque son propre mari a fini d’installer les petites lumières clignotantes. D'elle, j'ai hérité cela, ainsi que de la capacité à faire de beaux bouquets, rien ne me hérisse plus qu'un bouquet jeté sans goût ni grâce dans un vase, je passe beaucoup de temps à équilibrer l'ensemble. Il en va de même pour chaque boule du sapin, chaque santon dans la crèche. Quelques centimètres, un quart de tour, peuvent tout changer. Lorsque l'équilibre est atteint, je le sais, je le sens. Telle une œuvre d'art, chaque année est unique, même si le style varie peu. Avoir du mal à laisser intervenir les enfants, il faut que tout soit parfait, ne pas laisser d’espace à leurs petites mains. Chagrin... J’étais également fascinée par la crèche que faisait ma mère, en général dans le haut d’un secrétaire qui servait de grange. Papier crèche, la nativité, les bergers et leurs moutons, les rois mages, l’étoile, le petit pont, la rivière… Je la trouvais immense alors, c’était la crèche de ma grand-mère, un jour, elle voudrait la récupérer, des santons en cire qui finirent par s’abîmer tellement que nous n’avons rien gardé à la mort de mon père, mais nous l’avions encore installée les deux noëls où il était veuf.

Un ami m’offrit un jour deux très grands santons habillés en terre cuite, septembre 2023, stupeur. La santonnière, une vieille dame à l’époque, est morte depuis longtemps, ne jamais avoir retrouvé de pièces d’elle. Au fin fond du Québec, visiter une église, une crèche provençale est en exposition pour les croisiéristes du Saint-Laurent. Trône un meunier, mon meunier…, le même, à moi qui ne rêvais alors que de Provence et de lavande, de Méditerranée. Ce fut le début d’une immense collection, santons de trente centimètres, crèche pouvant atteindre trois mètres de long dans notre maison précédente. Métiers représentés, achats annuels, cadeaux, ce fut un véritable rêve, une œuvre d’art intégrale, magique, que je pus enrichir quelque temps en arrivant à Valence, où un magasin vendait les créations de mon santonnier préféré. La crèche est bien plus grande que celle de maman ; la maison aussi grande, aussi belle… Dépassement ?

Quelles ne furent pas ma stupéfaction, ma joie et ma fierté, lorsque mon petit garçon, à peine âgé de quatre ou cinq ans, se mit à acheter des petits santons en terre cuite avec son argent de poche. Fasciné, les yeux grands ouverts, je l'ai vu faire son choix, en fonction de « la grande crèche », mais aussi de ses goûts, et rivaliser, avec sa chambre à lui tout seul, avec la maison entière. Traquant les soldes de guirlandes et de boules, son cadeau de noël comprenait presque invariablement de nouveaux sujets. Nous devînmes experts en marchés de noël et de santons.   

     Décembre 2022, redonner, retrouver du sens à noël. L’attendre pour préparer tout cela ensemble, il faudra enfin lui apporter ses cartons pour qu’il retrouve ses décorations, sa crèche, délaissés depuis le départ de la maison.

Aujourd’hui, j’ai vendu quelques-uns des miens, d’autres sont partis en décoration en montagne ou à la mer, et j’ai réduit l’ensemble, qui ne manque cependant pas, après quelques hésitations et un arrêt, de me faire encore et toujours rêver, avec mes yeux d’enfant émerveillée. Entendre Maryvonne lui parler de cette crèche, lui envoyer une photo cette année, renouer avec le cadeau réciproque d’une jacynthe, découvrir que leurs deux sapins sont identiquement décorés, en bleu cette année…

     L’un de mes meilleurs souvenirs d’adolescence, ce sont les courses faites avec mon père la veille de noël. Je ne sais plus si nous n’étions que tous les deux, mais nous allions au marché central, où nous achetions la dinde et probablement les marrons, et c’était un bonheur intense. Escale en croisière, le cœur battant, faire un tour au marché central, il n’a pas changé…  C’était lui qui s’occupait ensuite de la dinde aux marrons, qui deviendrait plus tard oie ou chapon.

Et la veillée de Noël arrivait, avec son attente impatiente. Un bol de Banania en tout début de soirée, en attendant la messe de minuit, qui petit à petit fut ramenée vers neuf heures. Celle-là de messe, elle l’aime bien, les cantiques, la naissance de Jésus dans la paille de l’étable, entre le bœuf et l’âne, il est né le divin enfant, c’est une belle histoire. Le retour à la maison, le réveillon à la lueur des bougies, j’ai oublié ce que nous mangions… Et surtout, mais peut-être lorsque nous étions plus grands, l’ouverture des cadeaux à minuit, c’était un moment magique, l’aboutissement de la tension du plaisir à venir. En famille avec sa fratrie, ils ont toujours voulu attendre le matin, ne lui ont jamais accordé ce bonheur, même pas une fois, malgré les discussions… Rentrer dans le désir de l’autre, des autres… Plus petits, c’était l’impatience du matin, l’attente jusqu’au « Petit Papa Noël » de Tino Rossi qui marquait le coup d’envoi, là encore, contre vents et marées, en faisant fi des moqueries, passer cette chanson, arrachage des papiers que ma mère mettrait plus tard dans un grand sac pour jeter ces beautés éphémères, papier cadeau aux mille dessins colorés, père Noëls, rênes, cadeaux, rouges, verts, dorés. Plus tard, consacrer une soirée à faire les paquets, choisir une couleur de papier kraft, vert une année, rouge une autre, le sapin aussi, changer de couleur tous les ans… son mari empaquète, elle n’est pas très douée, elle, elle met le bolduc, les petites étiquettes, les noms dans l’angle.

La fête n'était pas tout à fait finie après le vingt-cinq décembre, car ma mère mettait sous le sapin, le premier janvier, ce qu'elle nommait une « petite surprise », un dernier petit cadeau. Reproduire, aussi. Et le premier janvier au soir, les adultes faisaient une soupe à l’oignon, traditionnelle, après les agapes de la veille. Dernier week-end passé avec papa, il était miraculeusement bien, serein, dernier sursaut avant la fin. Il a eu envie d’une soupe à l’oignon, s’est mis devant les fourneaux et l’a cuisinée, cela n’était jamais arrivé depuis l’enfance… Mon père, lui, était également un adepte de l’Hépatoum pour devancer les problèmes.

Cette formidable période passée, j'étais extrêmement malheureuse et cafardais pendant des jours. Maman aussi, l’avoir vu et entendu pleurer le soir de noël. Que revivait-elle de sa propre enfance ? Découvrir avec surprise dans ses lettres à sa grand-mère, qu’André et elle recevaient des cadeaux, et pas des moindres, an moment de noël.

Casablanca, L’Inacceptable, T.2, Et l’Amour dans tout ça ? (p.50-54)

 

vendredi 19 décembre 2025

                             T.1 PAGES

               Suffoquer, sangloter, tassée sur sa chaise, se sentir vieille, vouloir se coucher au sol, sur le côté. Expulsée avec une violence inouïe le long d’un couloir noir, maintenant seule dans une solitude effroyable. On vient de la laisser tomber.

Laisser tomber, naître… Les mots s’amusent, jouent sur eux-mêmes, changent de registre, il faudra des années pour prendre conscience de leurs facéties. Pour le moment, pas de lien entre cette scène énigmatique et la vraie vie. Ignorer cette renaissance avec les mots, ils sont géniteurs, protecteurs, c’est eux qu'elle avait laissé tomber.

En pleine psychanalyse, me voilà revenue aux premières minutes de ma vie, dans une autre galaxie. Arrachement, autre espace-temps, tentative pour me trouver une bonne fois pour toutes. Sensations physiques archaïques, c'est tout ce qu’il me reste au fond de la souffrance dans laquelle je me suis petit à petit enfoncée et dont je tente désespérément de sortir. La délivrance commence : une poignée de séances seulement après mon premier rendez-vous, j’ai entrepris de lâcher l’horreur, de sortir de moi le synopsis désastreux, dévastateur, de mon existence. Je deviens caduque.

     Caduque : Qui a cessé d'être valable, d'avoir cours

     Ce n’est pas facile de venir au monde. Qui croit que la naissance d’un enfant est un moment merveilleux ? Cette scène fut un choc. Elle venait s’agglutiner à une autre, à la suite de la lecture d’un polar. N’arriver à lire quasiment que ça depuis des années, parfois elle a honte de ce qu’elle devient, plus de vie intellectuelle, culturelle, même plus l’envie d’aller au cinéma, elle qui aimait tant ça. Il était question d’une petite fille brune aux yeux bridés, paupières tombantes - comme ceux de mon père, ceux de ma fille, les yeux « bâchés », comme on dit chez nous - qui tombait d’une table d’autopsie et s’arrêtait à mi-chemin entre la table et le sol, suspendue, membres écartés, yeux écarquillés. Entre la vie et la mort. N’avoir jamais su si elle était morte ou vivante. Entre la vie et la mort, souffrance-plaisir.

Tomber, disparaître. Avoir fait son temps, un autre s'ouvre. Peut-être étais-je engagée, sans le savoir alors, dans le transfert analytique… Le long travail effectué ensemble est l’histoire d’une renaissance qui fait le fil de cette écriture, de ce tissu qui se cherche.    

Depuis les séances là-bas, bouffer le dictionnaire.…

     Caduque : Périmé, désuet. Vieux, nul. Abattue, cassée, vieille. Nulle, périmée telle quelle. Signes sur une page, allongée dans le dictionnaire, enfouie dans les lignes, s’accrocher à la vie alors qu'on est caduque depuis bien longtemps, chercher à échapper, se mettre le cœur en étau, ne plus pouvoir respirer... Asphyxiée, être morte depuis longtemps.                                                              

     Avoir oublié de naître et n'être que souffrance.  

(Pages 5-6)


 L’ÉCRITURE COMME UNE EVIDENCE

     Quelques mois avant sa mort, mon père nous a laissé des souvenirs écrits. Cette transmission importante a sûrement joué dans ce qui s’est mis en place pour moi. Laisser une trace à nos enfants, remettre les choses en ordre…

 

     Avec le temps étiré de la période Covid, j’ai pris le temps. De ranger mes notes éparpillées, de trier, de jeter, de garder. Tout s’est aligné naturellement. Mes propres souvenirs, mes interrogations. Avec des fils qui se tirent, des liens, le passé et le présent qui s’entrecroisent.

 

     Je continue, sans relâche. J’écris actuellement la sixième partie de ce qui est devenu une immense réflexion sur les ressorts de notre vie. Chaque tournant me surprend, apporte des réponses, m’éloigne des faux-semblants.

 

     On se fabrique des souvenirs. Ou on oublie, un peu, beaucoup. On se façonne une existence ; à partir de nos données familiales, ancestrales, psychiques, physiques ; à partir de nos chagrins, de nos incompréhensions, avec nos défenses, nos erreurs … et j’ai découvert avec étonnement que les versions que je gardais de mon enfance, de mon adolescence, de la suite, pouvaient aujourd’hui, à la lumière d’un travail incessant sur moi-même, être lues et écrites d’une toute autre manière.

 

     Je le redis, quelques personnes ont aimé me lire en toute amitié. Je ne pourrai pas publier ici l’intégralité de L’Inacceptable, mais je me décide à partager quelques pages de ce travail au long cours pour pouvoir élargir, échanger, comparer, communiquer autour des thèmes qui se dégagent de chaque volume, parfois soudainement, parfois de manière plus construite. Je souhaite tenter de faire de cet espace un endroit ouvert, qui se construit avec d’autres, au fur et à mesure.  

 

     Si vous lisez mes pages, laissez un commentaire, une anecdote, un parallèle de vie, un questionnement… faites de ces échanges votre propre expérience, votre propre questionnement. Faites-moi parvenir vos propres lignes, nous sommes si nombreux à garder ça par-devers nous.

 

     Et pour que tout soit clair : j’ai auto-édité les deux premiers volumes et compte continuer ; c’est agréable, un livre qui vous ressemble totalement.

Je ne cherche pas à vendre ni à être « reconnue ». Si vous avez envie de lire la totalité d’un volume, contactez-moi en MP sur ma page FB, ou par mail, afin d'échanger auparavant, ou de se rencontrer.

  « Pour toi qui aimes déchirer les petits papiers. Voici le poème que j’avais mis en voix à la fin du stage… » Christelle, 2025 Merci,...