Transformation ! Un
bien grand mot, mais il est utilisé dans certains milieux où l’on travaille à
trouver en soi sa part d’essentiel, à accepter l’Inacceptable et à s’en
éloigner.
Ici et maintenant en
sont les maîtres-mots ; beaucoup de programmes de méditation vont l’énoncer,
le faire « travailler » ... oui mais... cela va rester mentalisé. Et ne
pas changer le fond du problème.
J’ai découvert petit à
petit, au cours d’un parcours fait de synchronicités et de rencontres, que l’Essentiel,
c’est à partir du CORPS qu'on l'approche. Incarnation. Au sens tout simple de retrouver le vrai contact
au « corps que l’on est » et non au « corps que l’on a » (K.G.
Durckheim).
C’est ce parcours que j’écris
en parallèle à mes souvenirs. Pour m’apercevoir que c’est, avant tout, ce qui
manquait...
Car que
faisais-je de mon corps lui-même, mon corps matière, mon incarnation première,
ma chair vivante, ici et maintenant ? Mon souffle ? « Le reste, ça
n’existe pas », parole de psy. Corps blessé, chair à vif qui
s’ignorait, je ne vivais qu’à travers
mes émotions, mes ressentis, ma souffrance, « les émotions, c’est
physiologique ; ça crée le mental ». Mental
insupportable, corps en ébullition. Accepter l’inacceptable.
J’étais
un corps de larmes.
L’Inacceptable, T.4, Les
mots en corps (P.175)
Août 2023,
stage d’écriture. Voyage au pays de mon corps.
Mon corps. Tout un poème… Non, c'est trop court, un
poème. Tout un langage. Corps meurtri, corps souffrant, à remercier pour ce que
tu m'as montré, appris au fil du temps.
Corps physique,
mal partout, mal au genou, ballottée entre le « je » et le
« nous ». Mal au dos, en avoir plein le dos. Et puis la maladie, le
mal à dire, un jour, pour enclencher le chemin à l'envers, s'arrêter, s'occuper
de soi, remonter la pente. Essayer d'y voir clair.
Corps physique, malmené, tour à tour aimé et détesté.
« Je suis petite, je suis grosse, j'ai des poils partout », oui mais
les jambes ça va, les yeux verts c’est joli.
Corps fantasmé, trouvé sur le divan. La fille, c'est
ma sœur, moi j'ai un secret, je suis un garçon, c'est mieux pour maman, et pour
papa aussi. D'accord, je le sais maintenant, mais il faudra encore des
décennies pour que ce terrible quiproquo arrive au cœur, que ces quelques mots
: « je vous sens très féminine » crèvent enfin la bulle. De la
guerrière, du masque, de l'illusion. Du fantasme sorti de nulle part.
Corps imaginaire, plaire aux autres, aux garçons, aux
hommes, essayer l'élégance, le maquillage, les talons. Non, décidément, ça va
pas. Pourtant les hommes aiment, défilent.
Corps-mère. Rassurant. Il n'y a eu que lui au moment
du premier abandon, comme preuve d'une existence quelconque, que lui à qui, à
quoi, me raccrocher.
Corps-mère. Un, deux, trois essais. Les embryons ne
veulent pas se lover dans mon ventre. Même le premier bébé qui décide de rester
fait d'abord mine d'évacuer les lieux. Hôpital. Hormones. Merci, ma fille,
d'avoir élu domicile dans mes entrailles. Mais pas complètement femme, je n'ai
pas pu te faire naître par voie basse, comme on dit. Hanches trop étroites,
sacrum plan, mesures de bassin d'homme, on a ouvert plus haut pour venir te
chercher, tu avais prévenu en ne te retournant pas. Ton frère, je n'aurai pas
le courage de revivre en direct l'ouverture, les huit épaisseurs à recoudre, je
demanderai une anesthésie générale. La septième, huitième, je ne sais plus.
Sommeil de l'oubli. Depuis, votre père me dit parfois « tu poses les
mains sur ton ventre ». Tout le temps. Temps de pause, de respiration, de
recentrage.
Corps subtil. J'inspire, j'expire. Expérimentation du
corps que je Suis, effaçant le corps que j'ai. Je suis en vie. Tu es en vie.
Nous marchons ensemble, nous respirons ensemble. Pas toujours, mais de plus en
plus souvent. Au fil du recollage des morceaux du puzzle. Des morceaux éclatés.
L’Inacceptable, T.4, Les
mots en corps (P.104-105)
Morceau d’écriture, stage « Des corps
et des mots », août 2023.
Lâche.
Lâche les crispations. Lâche les peurs. Lâche le mental. Évacue. Lâche. Oublie.
Lâche les autres, dis non. Lâche la lâcheté, la fuite, le mensonge. Lâche les
ombres. Lâche le passé, le futur, les souvenirs, les élucubrations. Lâche la
bagarre, la guerrière, trouve ta voie. Oui mais lâche ton corps, lâche ton
souffle, lâche tes larmes. Lâche tes rêves. Lâche-toi, lâche-moi. Prends ma
main.
L’Inacceptable,
T.4, Les mots en corps (P.201)

