vendredi 19 décembre 2025

                             T.1 PAGES

               Suffoquer, sangloter, tassée sur sa chaise, se sentir vieille, vouloir se coucher au sol, sur le côté. Expulsée avec une violence inouïe le long d’un couloir noir, maintenant seule dans une solitude effroyable. On vient de la laisser tomber.

Laisser tomber, naître… Les mots s’amusent, jouent sur eux-mêmes, changent de registre, il faudra des années pour prendre conscience de leurs facéties. Pour le moment, pas de lien entre cette scène énigmatique et la vraie vie. Ignorer cette renaissance avec les mots, ils sont géniteurs, protecteurs, c’est eux qu'elle avait laissé tomber.

En pleine psychanalyse, me voilà revenue aux premières minutes de ma vie, dans une autre galaxie. Arrachement, autre espace-temps, tentative pour me trouver une bonne fois pour toutes. Sensations physiques archaïques, c'est tout ce qu’il me reste au fond de la souffrance dans laquelle je me suis petit à petit enfoncée et dont je tente désespérément de sortir. La délivrance commence : une poignée de séances seulement après mon premier rendez-vous, j’ai entrepris de lâcher l’horreur, de sortir de moi le synopsis désastreux, dévastateur, de mon existence. Je deviens caduque.

     Caduque : Qui a cessé d'être valable, d'avoir cours

     Ce n’est pas facile de venir au monde. Qui croit que la naissance d’un enfant est un moment merveilleux ? Cette scène fut un choc. Elle venait s’agglutiner à une autre, à la suite de la lecture d’un polar. N’arriver à lire quasiment que ça depuis des années, parfois elle a honte de ce qu’elle devient, plus de vie intellectuelle, culturelle, même plus l’envie d’aller au cinéma, elle qui aimait tant ça. Il était question d’une petite fille brune aux yeux bridés, paupières tombantes - comme ceux de mon père, ceux de ma fille, les yeux « bâchés », comme on dit chez nous - qui tombait d’une table d’autopsie et s’arrêtait à mi-chemin entre la table et le sol, suspendue, membres écartés, yeux écarquillés. Entre la vie et la mort. N’avoir jamais su si elle était morte ou vivante. Entre la vie et la mort, souffrance-plaisir.

Tomber, disparaître. Avoir fait son temps, un autre s'ouvre. Peut-être étais-je engagée, sans le savoir alors, dans le transfert analytique… Le long travail effectué ensemble est l’histoire d’une renaissance qui fait le fil de cette écriture, de ce tissu qui se cherche.    

Depuis les séances là-bas, bouffer le dictionnaire.…

     Caduque : Périmé, désuet. Vieux, nul. Abattue, cassée, vieille. Nulle, périmée telle quelle. Signes sur une page, allongée dans le dictionnaire, enfouie dans les lignes, s’accrocher à la vie alors qu'on est caduque depuis bien longtemps, chercher à échapper, se mettre le cœur en étau, ne plus pouvoir respirer... Asphyxiée, être morte depuis longtemps.                                                              

     Avoir oublié de naître et n'être que souffrance.  

(Pages 5-6)


 L’ÉCRITURE COMME UNE EVIDENCE

     Quelques mois avant sa mort, mon père nous a laissé des souvenirs écrits. Cette transmission importante a sûrement joué dans ce qui s’est mis en place pour moi. Laisser une trace à nos enfants, remettre les choses en ordre…

 

     Avec le temps étiré de la période Covid, j’ai pris le temps. De ranger mes notes éparpillées, de trier, de jeter, de garder. Tout s’est aligné naturellement. Mes propres souvenirs, mes interrogations. Avec des fils qui se tirent, des liens, le passé et le présent qui s’entrecroisent.

 

     Je continue, sans relâche. J’écris actuellement la sixième partie de ce qui est devenu une immense réflexion sur les ressorts de notre vie. Chaque tournant me surprend, apporte des réponses, m’éloigne des faux-semblants.

 

     On se fabrique des souvenirs. Ou on oublie, un peu, beaucoup. On se façonne une existence ; à partir de nos données familiales, ancestrales, psychiques, physiques ; à partir de nos chagrins, de nos incompréhensions, avec nos défenses, nos erreurs … et j’ai découvert avec étonnement que les versions que je gardais de mon enfance, de mon adolescence, de la suite, pouvaient aujourd’hui, à la lumière d’un travail incessant sur moi-même, être lues et écrites d’une toute autre manière.

 

     Je le redis, quelques personnes ont aimé me lire en toute amitié. Je ne pourrai pas publier ici l’intégralité de L’Inacceptable, mais je me décide à partager quelques pages de ce travail au long cours pour pouvoir élargir, échanger, comparer, communiquer autour des thèmes qui se dégagent de chaque volume, parfois soudainement, parfois de manière plus construite. Je souhaite tenter de faire de cet espace un endroit ouvert, qui se construit avec d’autres, au fur et à mesure.  

 

     Si vous lisez mes pages, laissez un commentaire, une anecdote, un parallèle de vie, un questionnement… faites de ces échanges votre propre expérience, votre propre questionnement. Faites-moi parvenir vos propres lignes, nous sommes si nombreux à garder ça par-devers nous.

 

     Et pour que tout soit clair : j’ai auto-édité les deux premiers volumes et compte continuer ; c’est agréable, un livre qui vous ressemble totalement.

Je ne cherche pas à vendre ni à être « reconnue ». Si vous avez envie de lire la totalité d’un volume, contactez-moi en MP sur ma page FB, ou par mail, afin d'échanger auparavant, ou de se rencontrer.

jeudi 18 décembre 2025

                             T.1 PAGES

          Grenoble, 1953-1961

 

               Je naquis au milieu des montagnes, mes parents vivant alors dans un petit appartement, 16 Grand-Rue, à Grenoble. « J’ai gardé le souvenir d’un ensemble de 25 mètres carrés composé de deux pièces contiguës d’égale superficie à peu près, disposées en T, sombres au point que la lumière électrique s’imposait presque en permanence, dont les murs étaient parés d’énormes taches d’humidité, surtout dans celle à laquelle on accédait directement par la porte d’entrée, qui étant la seule au demeurant à posséder un conduit de cheminée et un réduit contenant un évier en guise de cuisine, se voyait propulsée au rang de salle de séjour. » Souvenirs paternels. Ils se partageaient le lieu avec les souris. Mon père bouchait leurs trous, et elles ressortaient aussi vite ailleurs. Et si j'emprunte à mon père ses descriptions savoureuses, je me souviens assez bien de ce lieu, ma grand-mère maternelle l’ayant ensuite occupé. « C’était (...) à peine un premier étage, plutôt un entresol ; il fallait pour y accéder traverser un étroit couloir donnant sur une petite cour entourée d’entrepôts et encombrée de poubelles ; au fond de cette cour, l’escalier conduisant aux étages ; après une dizaine de marches, sur la gauche, une porte de WC qui contrairement aux apparences n’appartenaient pas aux parties communes mais étaient à notre usage exclusif ; quelques marches plus haut on accédait à notre appartement. » Souvenirs paternels.                                 Je suis moi-même en mesure de ramener l’odeur de la cage d'escalier, que je retrouve dans tout vieil immeuble, odeur de moisi, de vieux. Mes parents préparèrent tant bien que mal ce logis en vue de mon arrivée. Manquant de moyens financiers, une corbeille à linge fut transformée en berceau, et mon père usa de ses futures capacités manuelles. « J’ai donc fait mes débuts de bricoleur en fabriquant une étagère dans l’alcôve dont notre chambre était heureusement pourvue, les planches et montants m’étant procurés par l’entremise de « parrain », comptable à ses heures chez Pomona (fruits et légumes) d’où il me rapporta aussi de belles caisses toutes neuves qui, une fois assemblées, poncées et tapissées allaient devenir le premier meuble de Bébé. » Souvenirs paternels.

(Première page)

 

 

              RETOURS DE LECTEURS

Retours de celles qui ont eu le premier volume entre les mains :

- C’est très beau et d’une profondeur extrême... je savoure. Hélène  

- Je me retrouve dans des décors et des faits d’époque. Et des ressentis, des empêchements… 
- Ton écriture m’intéresse, son rythme, ses empilements, sa syntaxe. J’aime bien. 
- Accents durassiens. Pascale 

- C'est très beau, fluide, attachant, je n'ai pas envie de m'arrêter, j’ai envie de savoir la suite et ça c'est une force
- CAPTIVANT. j'adore ton style. C'est vraiment touchant. 
- C'est chouette. Bien écrit. Sincère. Touchant. Fluide. 
- J'ai aimé comment tu nous présentes les portraits de chacun. Court et profond. Simple. 
- J'ai adoré comment tu décris chaque personnage et les lieux. 
- Ton manuscrit m'a beaucoup touchée. 
- J'ai voyagé au Maroc, Grenoble... tu me prends par la main pour me montrer tout... 
- C'est beau. 
- J'ai aimé aussi ton style et le vocabulaire. J'apprends des choses en lisant ton manuscrit. 
- (…) t'as une très belle plume. Sameh 

- J'ai adoré dès les 1eres lignes. La référence à l'arquebuse m'a bien fait sourire et le reste me touche beaucoup. 
- (…) il me reste quelques pages à lire et j'ai réalisé hier qu'en fait je ne veux pas me séparer de ce que tu as écrit. Je redoute que ma lecture qui me procure tant de bonheur ne prenne fin. 
- (…) je suis emballée par le mélange de factuel et de réflexion/analyse. L'humour se mêle au dramatique. 
- J'adore apprendre à mieux te connaître mais aussi je redécouvre des choses sur moi et mon propre passé. 
- C'est magique ! (…) continue à écrire car tu es douée. Maryvonne 

- (…) cela m'a nourrie et embarquée dans plein de directions… Tout comme ta biographie, si dense, si signifiante… 
- Époustouflée par la précision de ta mémoire événementielle, familiale, même si tu as dû faire un travail sur toi, tes rêves, la remontée de l'inconscient. 
- Tes mots m'ont renvoyée d'une certaine façon à ma propre histoire, pas dans le factuel mais dans l'émotionnel. Chantal 

- Je lis avec intérêt ton texte très touchant. Merci. Je me demande comment tu te sens d'écrire et de revisiter tout ça (…) 
- (…) C'est joli, d'ailleurs c'est comme un dialogue entre les écrits de ton père et les tiens. Véronique
L'ÉCRITURE COMME UNE ÉVIDENCE 

Après des décennies à griffonner dans des cahiers, à taper des pages sur mon ordinateur, la période COVID a été le début d'une belle aventure ; les morceaux épars se sont regroupés jusqu'à former la première partie d'une histoire que je ne me lasse pas d'explorer. J'y prends un plaisir jubilatoire, je pleure, je ris, je m'amuse ; mais c'est un véritable travail, jour après jour, année après année. Les quelques personnes avec qui j'ai partagé le premier volume en ont fait des retours positifs ; bien sûr, ce sont mes amies, ce sont des femmes. Mais si elles ont aimé, alors pourquoi pas d'autres ?

Quelques pages en partage... ou plus si affinités ! N'hésitez pas à commenter ou à me contacter pour en savoir plus. 
L’Inacceptable. T.1. C'est pas beau la famille ? Arrivée dans la dernière partie de son existence, une femme s'interroge sur la souffrance vécue au cours de cette dernière, et dont les fondements, entre héritage familial, nature profonde et évènements, lui échappent. Dans le rétroviseur du temps et le miroir de l'intériorité, elle s'éloigne peu à peu des réponses apportées au fil des années et des certitudes forgées, se retrouvant sur un chemin spirituel inattendu. Récit hybride mixant souvenirs réels et fantasmatiques, témoignage d'un parcours de vie, interrogations et découverte de l'écriture, ce roman d'autofiction aborde, au creux des liens qui se tissent, les questions de la féminité, de la famille, de l'identité, de la mémoire et du sens, à travers une exploration dominée par l'hypersensibilité et la psychanalyse. Cette "recherche du temps perdsu", première partie d'un long parcours dont chaque étape éclaire les autres, an amont et en aval, couvre son enfance grenobloise et casablancaise jusqu'aux débuts de l'adolescence.

  « Pour toi qui aimes déchirer les petits papiers. Voici le poème que j’avais mis en voix à la fin du stage… » Christelle, 2025 Merci,...